Maîtresse,Je Vous écris comme Vous me l’avez ordonné, les doigts encore imprégnés de l’odeur de Votre cuir et le cœur battant à contretemps.Aujourd’hui, la séance n’a pas commencé quand Vous avez fermé la porte du donjon.
Elle a commencé hier soir, quand Vous m’avez envoyé ce seul message :
« Demain 14 h. Apporte ton plus beau cahier et ton plus mauvais stylo. »J’ai passé la nuit à choisir. Le cahier noir, reliure cuir, pages blanches immaculées – celui que je garde pour les choses importantes. Le stylo-plume que je déteste parce qu’il bave, gratte, trahit ma main quand elle tremble. Je savais que Vous alliez aimer ça : me voir lutter contre l’outil même de ma reddition.Quand je suis entré, Vous étiez déjà assise.
Jambes croisées, bottes hautes luisantes, le fouet posé en travers des cuisses comme un sceptre nonchalant. Vous n’avez rien dit pendant presque trois minutes. Vous m’avez juste regardé poser le cahier sur la table basse, à Vos pieds.
Puis Vous avez prononcé la phrase qui m’a fait plier les genoux sans même y penser :« Écris.
Écris ce que tu ressens là, maintenant, pendant que je te regarde faillir.
Et si une seule phrase est banale, médiocre ou lâche, je te ferai recommencer la page entière… à genoux sur du gros sel. »J’ai ouvert le cahier.
J’ai dévissé le capuchon du stylo.
Et j’ai senti la première goutte d’encre perler au bout de la plume comme une larme que je ne pouvais pas verser.Vous avez commencé à marcher lentement autour de moi.
Chaque talon qui claquait sur le parquet résonnait dans ma cage thoracique.
Parfois Vous vous arrêtiez juste derrière moi, assez près pour que je sente la chaleur de Votre corps sans pouvoir Vous toucher.
Parfois Vous posiez la pointe du fouet sur ma nuque, juste assez fort pour que je sente le poids, pas assez pour marquer… pas encore.J’ai écrit.
Mal.
Les lettres se tordaient, l’encre bavait, mes doigts glissaient.
À un moment j’ai osé lever les yeux vers Vous pour chercher un signe, une indulgence.
Erreur.
Vous avez souri – ce sourire qui dit « tu viens de te condamner » – et Vous avez murmuré :« Relève-toi. À quatre pattes. Le cahier reste par terre. Tu vas écrire la suite le nez à cinq centimètres du papier. »J’ai obéi.
Le dos cambré, les poignets entravés dans le dos par Votre fine chaîne, la laisse accrochée à mon collier et tenue mollement dans Votre main gauche.
De la main droite Vous teniez une cravache fine.
Chaque fois que Vous jugiez une phrase indigne – et Vous en avez jugé beaucoup – la cravache sifflait et venait m’embrasser soit les fesses, soit l’intérieur des cuisses, soit – plus cruel encore – le bas du dos, là où la peau est fine et la douleur résonne longtemps.J’ai écrit des aveux.
Des supplications.
Des promesses que je sais déjà impossibles à tenir.
J’ai écrit que Votre voix était plus dure que n’importe quel métal.
Que Votre parfum me faisait bander plus sûrement que n’importe quelle caresse.
Que j’avais honte d’aimer autant avoir honte.À un moment Vous Vous êtes accroupie devant moi, Vous avez pris mon menton entre Vos doigts gantés et Vous m’avez forcé à Vous regarder dans les yeux pendant que je continuais d’écrire, la main tremblante, les larmes montant sans pouvoir tomber.« Dis-moi avec ta bouche ce que tu viens d’écrire avec ta main », avez-Vous ordonné.J’ai lu.
Voix cassée.
Vous avez ri doucement – ce rire qui me détruit plus que cent coups.
Puis Vous avez posé Votre botte sur le cahier, écrasant les pages encore humides d’encre et de sueur.« Tu recommenceras demain.
Même heure.
Même cahier.
Mais cette fois tu écriras avec le plug que je vais te mettre maintenant… et tu n’auras pas le droit de jouir avant d’avoir rempli trente pages dignes de Moi. »Je suis rentré chez moi il y a une heure.
Je n’ai pas encore osé m’asseoir complètement.
Le plug est toujours là, souvenir physique de Votre volonté.
Le cahier est sur mon bureau, taché, froissé, sublime dans sa laideur.Je Vous hais de me faire autant de bien en me faisant autant mal.
Et je Vous remercie de me haïr si parfaitement.Je serai là demain, Maîtresse.
À 14 h précises.
Avec le même cahier.
Et le même stylo qui bave.
Et la même peur délicieuse de ne jamais être à la hauteur de Votre exigence.Votre plume la plus docile,
votre encre la plus docile,
votre chien le plus calligraphique.
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